Respecter ses limites

Dans mon dernier article, je vous partageais mon point de vue sur la nécessité de se laisser bousculer un peu par les vicissitudes de la vie. Que les bouleversements et le déséquilibre nous rendent plus forts et plus aptes à vivre les épreuves. Je faisais un lien avec le vent qui fortifie les plantes et les renforce. L'humain aussi a du cœur au ventre, mais il reste fragile et peut se briser lorsqu'il ne respecte pas ses limites ou s'il continue sa route avec un trop lourd fardeau sur les épaules.

Tout comme moi, vous avez sûrement déjà voyagé avec des bagages en trop, les femmes sont souvent médaillées d'or dans ce domaine. Nous nous efforçons de remplir chaque recoin de nos valises avec des trucs dont nous aurions peut-être besoin, dans l'éventualité où il ferait chaud, ou froid, ou s'il pleuvait. Des trucs utiles certes, ou qui nous ont déjà été utiles à un moment donné, mais qui deviennent désuets lorsque nous changeons de destination. Entre vous et moi, avons-nous vraiment encore besoin des « gougounes » que nous portions en Guadeloupe si nous sommes maintenant à gravir le Mont Blanc? Notre petite tour Eiffel achetée en souvenir en France, est-elle si importante dans la forêt tropicale du Nicaragua? Vous ne trouvez pas que ça prend de la place pour rien dans nos bagages et qu'à la longue ça devient lourd sur les épaules? Vous voyez ce que je veux dire hein ?

Il y a trois ans, j'ai décidé de vivre une nouvelle aventure : donner des conférences. J'ai donc emprunté cette route avec enthousiasme, je me suis préparée, j'ai tracé mon chemin, rempli mes bagages avec de nouvelles connaissances, porté de nouveaux vêtements, utilisé de nouveaux équipements, appris un nouveau langage, fréquenté de nouveaux lieux. Comme une bonne voyageuse, je désirais avoir les habitudes, et les aptitudes adaptées au nouveau monde qui m'attendait. Mais, voilà j'ai fait l'erreur des débutants, je n'ai pas ajusté mon baluchon en fonction de ma nouvelle réalité. J'ai gardé certains bidules du passé, certaines façons de faire maintenant dépassées. Mes bagages étaient remplis, tous les recoins de mon sac étaient comblés, les coutures commençaient à craquer. Est donc arrivé ce qui devait arriver, même si j'étais rendu en Islande avec les deux pieds dans la neige, je portais toujours mes « gougounes » dont je ne m'étais pas débarrassées. Belle affaire! Devinez ce qui est arrivé? Hé oui, j'ai glissé me suis plantée, et j'ai chialé! Non, non, ne riez pas, je suis certaines que ça vous est déjà arrivé d'en avoir tellement sur les épaules que votre jugement a été altéré par l'épuisement et qu'un simple insecte sur votre route vous mette hors de vous. Assis par terre, vous vous êtes demandé « mais qu'est-ce que je fais ici? » Hé bien ça m'est arrivé aussi.

Je reçois de l'aide extérieur pour répondre à mes besoins physiques et domestiques. Entre une et trois heures, quatre fois par jour, et ce tous les jours, des gens que j'engage, payés par l'État, viennent me voir à des heures précises. C'est en tout près de 35 heures par semaine de mon temps qui sont utilisées pour répondre à mes besoins primaires (soin d'hygiène, toilette, levé, entretien ménager, etc.) et je dois gérer l'organisation de ces services (embauche de personnel, feuilles de temps, remplacement, etc.). C'est un peu plus de 30 rendez-vous par semaine sans compter les rendez-vous médicaux et autres obligations. Même si ce quotidien peut paraître lourd, à l'époque où je n'avais pas entrepris l'aventure des conférences, ça allait comme sur des roulettes, mais aujourd'hui ça bloque un peu! Quel place me reste-il pour organiser mes conférences et les promouvoir, être présente sur les réseaux sociaux, participer à mes activités professionnelles, écrire des articles pour mon blogue? Et que sont devenus ces moments en voyage où l'on s’assoit sur le bord d'une rivière, seul ou entre amis, à contempler le paysage et être reconnaissant de la vie? Il n'y a malheureusement plus de place, mon sac à dos s'est maintenant transformé en « sac à fardeau ».

Oh! bien entendu, plusieurs diront que j'ai des raisons de me plaindre, que c'est normal de tomber et de se perdre dans ma situation ; travailleur autonome vivant avec un handicap, qui est aussi blogueuse, voyageuse, cascadeuse à ses heures, en couple avec une maison et sept employés sous sa charge, c'est compréhensible que ce soit difficile à gérer comme situation. Mais ce n'est pas une raison!

Debout au pied de la montagne, épuisée, regardant vers le sommet, je me demande comment je vais faire pour atteindre la cime. Il n'est pas question de poursuivre avec ce poids sur les épaules, de subir ma vie, je suis conférencière sacré bordel, j'inspire les gens à créer leur vie au lieu de la subir. C'est ce que ma vie a toujours inspiré, et ce n'est pas aujourd'hui que ça va changer! Une solution possible. Alléger mon fardeau! Mais comment?

Mes besoins physiques ne changeront pas, j'aurai toujours besoin d'aide pour aller aux toilettes, mon conjoint continuera à travailler ne pouvant m'aider dans mes besoins, je n'aurai pas plus de 24 heures dans une journée, et je poursuivrai ma carrière de conférencière, car je sais que cette route est la mienne. Je vois l'impact que le partage de mon vécu, de mes expériences, et de mes réflexions ont sur les gens. Mon parcours et le regard que je porte sur l'existence, redonne espoir, goût à la vie, motive et apporte courage. Que puis-je donc changer? Comment puis-je faire les choses autrement? Si la route des conférences est vraiment la mienne, comment se fait-il que ce soit si difficile? Si je ne peux avoir le contrôle sur les événements, sur mon corps et sur le temps, c'est donc mon regard que je dois modifier...

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Il m'a fallu quelques crises de larmes et d'apitoiement avant de redresser la tête, changer de lunettes et faire un inventaire de mon sac à dos. J'y ai découvert des trucs désuets que je pouvais me débarrasser, d'autres que je pouvais utiliser autrement et j'ai compris qu'un « guide du routard » était parfois nécessaire pour continuer à avancer sans se perdre.

Êtes-vous curieux de découvrir ce que j'ai dû sortir de mon « sac à fardeau »? Je vous laisse patienter encore un peu avant de vous dire ce que j'ai fait avec le superflu de mes bagages et ce qui est advenu des mes « gougounes ». En attendant mon prochain article, je vous laisse avec les découvertes que m'a inspiré cette aventure.

Perdre l'équilibre et même tomber n'est pas toujours néfaste, en fait ça ne l'est jamais. Cela nous indique qu'il est temps de faire du ménage, de faire les choses autrement. De VOIR les choses autrement. De prendre conscience que nous avons des limites et que nous devons les respecter.

Chuter nous permet de se repositionner, de rétablir nos priorités, de se réorienter. Il faut alors s'appliquer à s'asseoir, prendre le temps, et entreprendre les actions justes, pour nous permettre de retrouver l'harmonie avec notre Être et poursuivre notre marche sur la route qui est la nôtre, sans perdre le Nord!

Alors, osons! Osons nous débarrasser pour ne plus s'étourdir, nous alléger pour ne plus s'évanouir et plaçons nos limites pour mieux s'épanouir.

Osons créer notre vie au lieu de la subir!

Commentaire(s)

  1. Jean-Michel Fontaine dit :

    Je me reconnais dans ces propos,
    Très justes et très sages.
    Comment vider son  »sac à fardeau »?
    Moi, il m’a fallu des pages et des pages.

    Quelques é-cris de trop
    Quelques chapitres de rage.
    Quelques mots pour guérir les maux.
    Quelques années de dérapage.

    Mais lorsqu’on prend sa vie en main,
    Enfin, on reprend le contrôle.
    La victime qui se complaisait dans son rôle
    N’aura jamais souffert en vain.

    Le coeur ouvert, maintenant
    Elle est 100 pour 100 responsable
    de ce qui se manifeste dans sa vie.
    Retrouve le pouvoir de choisir et de créer
    comme elle le souhaite.
    Deviens acteur – actrice.
    Agent de changement positif dans la matrice !

    Inspirante et rayonnante!

    Merci pour ce partage Marie-Claude!

  2. Carole St-Laurent dit :

    Superbe article, bien vrai

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